Description

  • Utilité de la Norme BNQ 21000

L’utilité de la norme BNQ 21000

Afin de clarifier le discours et de structurer les idées, il faut distinguer deux mots clés utilisés et qui réfèrent à des niveaux d’analyse et d’application différents: principe et enjeu.

Principe : Le mot « principe » réfère à un cadre général, ou paradigme, qui encadre la pensée à un niveau philosophique. Dans le cadre de ce chapitre, nous utiliserons ce concept pour traiter des choix de sociétés, des nations et des états au niveau « macro » (ex.: macroéconomique, macroenvironnement, politique provinciale, etc.).

Enjeu : Le mot « enjeu » réfère aux défis ainsi qu’aux risques de pertes et de gains qui les accompagnent au niveau de la pratique. Il faut utiliser ce concept pour traiter de situations rencontrées au niveau des organisations ou des gestionnaires au niveau « micro » (ex. : microéconomique, microenvironnement, décisions de gestion, etc.). 

Cette distinction est utile dans le contexte de l’étude du DD étant donné que les principes de DD sont adoptés au niveau des nations et des États, alors que les conséquences de ces principes influencent définitivement les enjeux des entreprises, qui doivent mettre en œuvre des changements de pratiques au niveau local. Cette distinction permet de mettre en évidence les décalages de contextes qui existent entre ceux qui rédigent les lois, ceux qui les appliquent et, finalement, ceux qui gèrent les entreprises. Un des éléments à la base de la problématique des décalages provient du fait que les niveaux d’analyse diffèrent. Les premiers s’expriment en termes de principes valables pour la société, dans un langage qui s’adresse à un niveau « macro », alors que les derniers s’expriment en termes d’enjeux pouvant entrainer des gains et des pertes, dans un langage qui s’adresse à un niveau « micro », laissant à ceux du milieu (soit ceux qui appliquent et déploient les lois), le fardeau de bien comprendre et de bien traduire les deux niveaux d’application. Le BNQ 21000 a justement été conçu pour réconcilier les deux niveaux d’analyse en opérationnalisant les pratiques de gestion du niveau « micro » et en les arrimant aux intentions poursuivies par le législateur de façon à minimiser la problématique de décalage, le tout dans le langage des entreprises et, plus largement, des organisations.

Globalement, on pourrait classer les normes en deux grandes catégories : les normes d’exigences et les normes de recommandations. Les premières proposent un ensemble d’exigences à respecter. Des auditeurs se déplacent pour en évaluer ou en certifier la conformité. Une philosophie de performance et de conformité anime la trame de fond de ce premier groupe. Les normes de la famille ISO 9000 en sont de fiers exemples. Les normes de recommandations proposent plutôt des guides, voire des lignes directrices. L’objectif consiste à baliser et à orienter les actions. Ces dernières ne sont généralement pas auditables, car la trame de fond est animée par l’apprentissage. Les normes ISO 26000 et le BNQ 21000 en sont des exemples concrets. Les différences entre les normes ISO 26000 et BNQ 21000 sont importantes, mais leurs utilités sont cependant complémentaires. En substance, ISO 26000 délimite la « zone grise » entre ce qui est responsable au niveau sociétal et international de ce qui ne l’est pas. Par exemple, une entreprise qui respecte ce référentiel n’embauche pas d’enfants en bas de 14 ans, et ce, peu importe le pays et même si la règlementation locale n’émet aucune restriction à cet égard. Idéalement, une entreprise est invitée à utiliser le cadre normatif le plus contraignant entre son pays d’origine, ISO 26000 et le pays d’accueil. Dans les faits, ce guide établit les liens entre un nombre impressionnant de conventions internationales déjà existantes et constitue une réflexion d’harmonisation internationale majeure et définitivement incontournable.

Au final, la portée de ce référentiel se situe davantage à un niveau d’analyse « macro ». Bien que le « quoi respecter » soit généreusement élaboré, le « comment y arriver » demeure peu développé. Le BNQ 21000 s’inscrit plutôt dans une portée d’ordre provincial et véhicule, par le fait même, un caractère plus local. Davantage axé sur le « comment » que sur le « quoi », ce guide adresse les réalités « micros » des entreprises et des organisations en les alignant, dans une stratégie de progression et d’apprentissage, vers les aspirations « macros » d’une société. Ces aspirations n’étant nullement incompatibles avec celles d’ISO 26000. À cet égard, l’annexe F de la norme BNQ 21000 expose les liens entre les deux référentiels.  

Source: Manuel de gestion du développement durable: une approche progressive, en appui à la norme BNQ 21000 (Jean Cadieux, Michel Dion)